02 avr

Au défi de la continuité pédagogique

  • Étudiants et enseignants révèlent leurs talents créatifs

    La situation inédite que nous vivons oblige chacun à réinterroger ses valeurs et ses pratiques professionnelles. Il en va de même à l’université où le Covid-19 et sa conséquence directe de confinement conduisent à renégocier voire réinventer une relation pédagogique sans face à face possible. Évelyne Darmanin, responsable de la formation Libraire de l’UCO Laval, revient sur ces semaines de confinement où la continuité pédagogique aura permis d’engager les étudiants et les équipes pédagogiques sur la voie du talent. L’occasion de se rappeler qu’apprendre se fait dans la réciprocité enseignant-enseigné.

    Pendant ces dernières semaines, dans les médias, la continuité pédagogique a beaucoup tourné autour du cas des collégiens et lycéens. Au moment où le déconfinement commence à s’envisager, le Président annonce que les étudiants ne retourneront pas à l’université. Non pas qu’ils soient plus fragiles que les têtes blondes et brunes de leurs cadets, mais sans doute parce que la mise en place du contrôle continu et le maintien du calendrier universitaire auront permis, pour l’essentiel, au moment du déconfinement, que les examens soient achevés sans présentiel. De plus, la carte scolaire n’est pas appliquée à l’université : dès lors les étudiants ne sont, la plupart du temps, ni du quartier, ni de la ville, parfois même ni de la Région de leur université… Alors comment appliquer le déconfinement ?

    Pour ceux qui pensent que l’université, ce sont des amphis bourrés à craquer, c’est parfois cela, mais c’est aussi souvent tout autre chose. À l’UCO Laval, dans la filière librairie, l’établissement accueille en études supérieures, des apprentis en alternance qui bénéficient, durant leur formation, autant d’enseignements fondamentaux que d’enseignements professionnels. Le cœur de ce parcours est avant tout la professionnalisation des étudiants. Dans le cadre d’un confinement, apprendre un métier, un savoir-faire, des pratiques, suppose de mettre à distance l’enseignant-formateur et de réinventer la posture étudiante et celle de formateur-enseignant… Continuité d’enseignement oui, mais pour la pédagogie, il s’agissait de saisir la chance de la réinventer, d’innover, pourquoi pas, avec les équipes pédagogiques et avec les étudiants, sans pour autant perdre ce qui fait le cœur de la transmission, l’échange et le partage.

  • Le confinement est un sport de combat et d’endurance

    Tout a commencé le vendredi 13 mars… Un jour censé être chanceux pour ceux qui s’adonnent aux jeux de hasard. Mais pour nous, cette date a sonné l’appel à la fermeture, pour le lundi suivant, des universités et CFA… Branle-bas de combat, nos apprentis libraires devaient arriver le lundi pour leur semaine de cours. Il fallait téléphoner pour prévenir chaque maître d’apprentissage et apprenti : « Bonjour, c’est Évelyne, pour faire face à la crise du Covid-19, lundi vous ne venez pas à l’UCO Laval, vous rejoignez vos librairies ! La continuité pédagogique se met en place, mais laissez-nous quelques jours pour tout organiser ! »

    Sur le coup, pour dire la vérité, nous avons été quelques-uns à d’abord penser que cela allait nous permettre de souffler un peu, de mettre à jour certains dossiers, de corriger les copies en attente et de peaufiner certains cours, bref d’avoir un peu de temps…

    Et puis les choses se sont accélérées, le confinement a été annoncé ! Non seulement les apprentis ne viendraient pas en cours, mais plus encore, ils n’iraient pas en librairie. Rideau baissé, la formation sur le terrain suspendue. La responsable de formation s’active pour connaître l’équipement numérique de son équipe pédagogique et de ses apprenants en 2 e et 3 e années de Licence…

    Continuité pédagogique, cela voulait dire quoi concrètement pour une formation en alternance qui se nourrit autant du terrain que des cours ? Dans tous les cas, pas question de laisser tomber les apprentis et de sacrifier au coronavirus la qualité de la formation et du diplôme ! Depuis, le rythme est loin d’avoir ralenti, pas le temps de s’ennuyer, « ça carbure même un maximum » du côté de l’enseignement à distance. Pour les cours classiques, presque pas de soucis – droit, gestion, mercatique – on voit comment faire ! Mais pour la vente, la vitrine, certains fonds où voir et feuilleter les livres sont essentiels, à distance en voilà une « drôle » d’affaire pour ce qui est en réalité le cœur de métier… Et l’accompagnement des projets, quand tout est à l’arrêt, on rassure comment les apprentis ?

    Inquiétude, frustration, combler le retard, souffler un peu ? Oublié ! On avance…

    Et le confinement dans tout cela ? Une illusion d’optique, puisqu’il rend plus actif, oblige à anticiper davantage. Il nous relie plus intensément dans ce soutien et cet apprentissage différents que nous expérimentons entre professionnels de terrain, apprentis et équipe pédagogique.

    Un télétravail chronophage comme jamais parce qu’il dure et qu’il nous épuise. Un manque sidéral des autres qu’ils soient collègues ou étudiants. Une accélération des pratiques de décompression pour oublier ces écrans qui n’ont plus rien de ludique. Et deux questions lancinantes : « Ça s’arrête quand tout ça ? » et « On finit l’année comment ? ».

  • Un accélérateur de talents

    Au fond ce qu’il y a de formidable dans cette expérience, c’est le talent dont font preuve les étudiants. D’abord parce qu’ils nous aident face à des technologies dont nous sommes parfois peu familiers et nous accompagnent aussi dans la transmission. Ensuite parce que, plus que jamais, ils travaillent pour eux et avec nous, pour ce métier qu’ils ont choisi et qu’ils veulent vivre demain pleinement. Enfin parce qu’ils se sont professionnalisés en travaillant en équipe, en s’adaptant, en
    innovant, en étant créatifs, en traitant de l’information différemment, bref en étant vraiment responsables.

    Loin de défendre l’idée que, parce qu’on l’a fait, continuons ainsi, cette expérience aura eu quelque chose de formidable. Pour assurer une continuité pédagogique, il n’aura pas suffi d’envoyer des cours via les intranets universitaires mais de retrouver le sens de cette transmission. Former, enseigner, c’est cheminer ensemble, pas à pas dans le dialogue direct. Faire un cours, c’est le partager, le faire vivre, lui donner un corps, une voix dont les étudiants se saisissent pour l’investir par leurs questions et les débats qu’elles suscitent.

    Plus le temps de se lamenter, juste de se demander combien de temps encore ? Et déjà de penser à innover pour les examens, de repenser à ce que l’on évalue vraiment quand on organise des examens pour ne rien gâcher de la qualité de ce diplôme.

    Jamais nous n’aurons eu autant l’occasion d’être fiers de nos étudiants, de leur investissement, de leur volonté d’aller de l’avant et de nous montrer, vraiment, les professionnels qu’ils seront demain et qu’ils sont déjà en puissance aujourd’hui. Avec eux, « aujourd’hui c’est déjà demain… ». Avec des valeurs qui font tout le sens d’une société équilibrée (le partage, la présence, le débat, le questionnement, l’échange, la confiance et le respect).

    J’ai acquis l’intime conviction que ces étudiants auront gagné quelque chose dans cette expérience, car plus que jamais c’est dans l’adversité que nous aurons vu leur motivation, leur engagement, les nôtres aussi, leur envie d’apprendre, leur volonté de réussir pour aujourd’hui et plus encore pour demain.

Contact

Responsable de la formation

Contactez-nous